AUTOUR DE LILI





Le chapelier de Chapelizod
Premier chapitre
1.Martin
William Cane, chapelier à Chapelizod, vivait petit train au pays des couvre-chefs. Rares étaient ceux qui s'intéressaient encore à ses feutres et ses casquettes, ses melons et ses bibis charmants. Où plutôt, comme il aimait le dire en bon Chapelizodien phlegmatique, ses « journées s'écoulaient, paisibles et longues, comme une veillée au feu de cheminée ».
Dix ans plus tôt, Sir William Cane avait épousé Edna, Edna la douce, la tendre, la rose. Lovée dans leur boutique de
Dix ans et deux jours après leurs noces, dix ans et deux jours après leur premier baiser, un évènement hors du commun vint bouleverser la vie du chapelier de Chapelizod. Un lundi où la brume avait recouvert de son gris manteau la petite ville paisible, Sir William, comme à son habitude, lisait sa feuille de chou quotidienne lorsqu'il entendit le « tingueling » de la clochette de la porte d'entrée. Sir William leva la tête en souriant afin d'accueillir aussi dignement que possible l'homme ou la femme de goût (comment pourrait-il en être différemment ?) qui venait d'entrer dans la bonne boutique s'il voulait parer son chef d'un élégant chapeau.
Hélas. La porte était fermée et personne ne s'avançait en quête d'une de ses créations. Il ne s'en étonna pas car il rêvait souvent qu'il entendait le tintement de la clochette de la porte d'entrée. Il se replongea aussitôt dans la lecture du cours de
« - Ami du Chapeau, salut. »
Surpris, puis intrigué par l'invisible beau parleur, le chapelier se pencha sur le comptoir. Tout d'abord, il ne remarqua rien. Il était entouré de tout son petit monde de feutre, paille et coton, chacun à sa place, comme toujours. Chacun, sauf ce petit chapeau rond et jaune, à peine visible tant il était minuscule. Il avait beau le regarder, il ne le reconnaissait pas. Il ressemblait bien aux melons qu'Edna avait confectionnés quelques années auparavant pour les Dames Brodeuses mais en bien plus petit. Soudain, le chapeau se mit à bouger.William n'en revenait pas.
Ses chapeaux prendraient-ils vie ? Ou était-ce lui qui devenait fou à force d'attendre dans le silence de sa boutique ?
« - Ami, vous ne me connaissez pas et pour le moment, vous ne me voyez même pas. » reprit le chapeau. « Je suis ici, sous le chapeau jaune. »
Ainsi, il y avait quelque chose qui parlait sous le chapeau. « Allons, allons », se dit Sir William, « personne n'est aussi petit, on doit me faire une blague. »
« - Hé ! Du chapeau ! Ce serait quand même plus facile si vous m'ameniez sur le comptoir. On pourrait faire plus ample connaissance, parler de la pluie et du beau temps, enfin, tout ce genre de choses. »
Le chapeau avait reparlé. Sir William se décida enfin à s'approcher car il se dit qu'aucun être de taille à loger sous un si petit chapeau ne pouvait représenter un réel danger. Il fit le tour du comptoir et ramassa doucement le chapeau jaune comme il l'eût fait avec un oisillon blessé. Puis, il le posa avec précaution sur le journal et s'assit face à lui. Ses yeux fixaient les galurins canari, avides de connaître la suite de cette aventure peu habituelle. C'est alors que le rebord du chapeau se souleva pour laisser apparaître un tout petit lutin, un Tom Pouce miniature qui lui parut tout d'abord en tous points identiques à un humain, mis à part sa taille, bien sûr. Puis, en artisan méticuleux, Sir William se mit à le détailler et s'aperçût qu'il avait un trou sur la tête. Cette ouverture faisait apparaître l'ivoire d'un cerveau miniature. Il remarqua également les grands pieds qui tenaient plus de la palme que du peton.
« - Mon nom est Martin », dit le petit être, « et je viens d'une étoile. »






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